Pas de saison, pas de raison

Automne, hiver, printemps, été. Elle, lui, vous et moi. Les saisons dérangent, puis se confondent. Le féminin et le masculin s’accordent. Il lui emprunte son châle, elle lui prend son polo. Jouant avec ces frontières et avec le temps, Alexis Mabille mixe et mêle les genres avec légèreté et détermination. Les conventions se chamboulent et se fondent. Elles suggèrent de délicates associations, de frêles transparences, s’alliant au tombé de matières lourdes et à la chaleur sensuelle de la fourrure. Pour stimuler le contemporain, on réveille l’austérité militaire, les uniformes et les tenues de sport. On y glisse les abus d’un décor Second Empire, et les réminiscences des garde-robes bourgeoises : brandebourgs, passementeries, soutaches, galons, nœuds, paillettes et lamés s’approprient la rigueur des flanelles, des draps, la sécheresse des crêpes et la franchise des cotons et piqués. Le drame du noir, la sophistication du sombre, se pimentent de couleurs et matières tektonik scintillantes, ou laissent place à la volupté et la pâleur du rose bébé, du beige camel et des tons de chair. Le jour s’offre le luxe du soir. Les matières et les styles n’appartiennent plus au moment. La ligne en I esprit Jane Birkin, étire la silhouette. Garçons et filles en pantalons se partagent un vestiaire moderne. La chemise a toutes leurs faveurs : cow-boy, rock star, scarifiée, plastronnée, plissée, volantée, en polo, en mini robe, jusqu’à longue avec traîne le soir. Les pantalons, taille haute ou basse, à doubles plis ou patte de mouche, coupés Capri, jean ou short baggy, jouent leur jeu. Les accessoires et colifichets, sacs, pochettes, nœuds papillons et collier chaîne forçat, sont réalisés en délicats travaux d’aiguilles, passementeries, dentelles, diamants et fourrures, et même en sangle. Ils dénient le féminin pour se partager avec tous. Quelques notes ingénues, ici et là, se mêlent à cette vision ludique mais raffinée. Telles les avant-gardistes Pauline de Metternick, George Sand et les amazones de Nathalie Barney, nos trépidantes copines s’arrachent les nœuds papillons, les costumes masculins, l’allure impeccable des chemises d’hommes et les gilets bordés. Ils partagent l’esprit dandy. Eux, sont ravis de s’approprier fourrures et diamants, soies et paillettes. Et toujours, le nœud papillon emblématique de la maison. Seuls les proportions, les contrastes et les coupes comptent.